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Le blog du Père Spicace est une sorte de TAZ, c'est l'Anarzone, une zone d'expression libre où l'on retrouve ses chroniques libertaires sur la vie guyanaise et mondiale. C'est également un lieu de partage autour de la chanson anarchiste d'hier et d'aujourd'hui.

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A la cloche de bois

Une expédition de déménagement à la cloche de bois contée dans le journal d'Emile Pouget « Le Père Peinard » du 13 juillet 1890 par « un peinard du faubourg Marceau »

 

 

L

aisse-moi te raconter comment les anarchos du Xème (à Paris) ont engagé la lutte contre les vaches de proprios, à l'occase de la vraie fête nationale du capital et de la sainte galette : le Terme.

Tous les trois mois, c'est même rengaine. Les bons bougres qui sont dans la dèche se voient dans l'impossibilité d'abouler la rente au vautour. Alors gare, toute la séquelle administrative : records, sous-Gouffés, etc., se foutent en campagne pour saisir les frusques et les bois des sans-le-sou.

Pour-lors, voilà le grand coup, y a plus à barguigner, faut déménager à la cloche de bois. Mais c'est pas toujours de ces plus commodes, vu que les pipelets montent la garde; c'est les bouledogues de la propriété.

Donc samedi soir, un copain qu'a plein le cul des sociales à l'eau de rosé, mais qui pourtant n'est pas anarcho, rapplique chez un bistrot où il savait nous dégotter et nous raconte qu'il y a pas à tortiller qu'il lui faut à tout prix déménager le lendemain matin.

« C'est ça qui te fout en peine? t'inquiète pas, c'est demain dimanche, à 8 heures, on y sera. »

En effet on était à une douzaine au rendez-vous; on allonge le compas, s'orientant vers le boulevard Masséna, aux fortifs, où perche la turne du copain.

Une petite voiture nous tendait ses bras dans un coin, y en a un qui l'empogne. Ensuite sans qu'il y ait besoin de discuter trente-six heures, de nommer un président, pas même de délégué, tout bonnassement parce qu'on a de la jugeotte, de l'initiative et de l'entente, on a mené la chose à bien; bougrement mieux, que si un trou du cul avait voulu organiser le déménagement.

Illico, deux gars, bien râblés, se foutent en guise de chandelles au travers de la porte, et toute la bande de se cavaler quatre à quatre dans l'escalier.

On arrive au carré de la piaule du copain, tout était prêt : chacun empogne, soit un paquet, un meuble ou un autre fourbi et on dévale en chœur : une procession déménageante, quoi!

Quel entrain, et que c'était chouette! Les autres locatos jubilaient et applaudissaient; surtout une grosse mère à face réjouie, elle s'en serait roulée par terre de joie : tu parles s'ils sont gobés les proprios et les pipelets!

Mais dam, dès la première descente, Pipelet et sa moitié braillaient comme des bourriques qu'on écorche vives : « Au voleur, à l'assassin, tas de crapules!... » quoi, le répertoire.

Ce qu'on s'en foutait, tu le juges d'ici. C'est pas des bourriques, c'est des sangsues, les pipelets!

Tandis que le pipelet trottait après les flics — il a fallu donner une poussée à sa sacrée femelle qui s'agrippait à l'un ou à l'autre et ne voulait rien savoir — oh, un rien...

Enfin, en un quart d'heure, tout était fini et la porte se refermait sur le déménagement.

Avant de se tirer on a pris soin d'avertir les locatos qui étaient aux fenêtres ou dans la rue, qu'on était à leur service, et qu'on était toujours prêts à les déménager dans des conditions pareilles, vu que les anarchos sont jamais en retard pour guerroyer contre les proprios.

On a conclu en gueulant bien fort : « Vive l'anarchie! A bas les voleurs! »

Puis, toujours en peinards, nous sommes allés à Gentilly où nous avons repiqué au truc, et nous sommes payés une nouvelle séance.

 

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